CÉLINE SEMPÉ

LE MOMENT AVANT

L'OBSERVATION

Vous connaissez ce moment. Devant une porte fermée. Dans l’ascenseur qui monte. Dans les trois secondes avant qu’on prononce votre nom. Tout est prêt. Tout est sous contrôle. Le dossier, les mots, même la veste choisie la veille avec une attention certaine.

Et puis, sans prévenir, votre souffle vous lâche. Pas complètement mais juste assez pour que vous le remarquiez. Et cette façon qu’il a de se faire tout petit exactement quand vous auriez besoin qu’il soit franchement présent. Vos épaules remontent d’un demi-centimètre, un léger serrement dans le bas du dos apparaît. Personne ne le voit mais votre corps, lui, s’en rend bien compte.

Vous appelez ce ressenti du trac, du stress. Vous invoquez parfois un éventuel manque de confiance. En réalité, ce n’est pas cela.

L'ÉCLAIRAGE

Ce moment en question n’a rien à voir avec la confiance. Rien. Votre corps vient de recevoir une information: enjeu, regard imminent, évaluation possible et il répond. Il répond avant le mental, avant les mots, avant même que vous ayez eu le temps de vous dire « du calme », d’une voix intérieure, qui, avouons-le, ne convainc jamais vraiment.

Votre corps ne fait pas un caprice, il est en mode réflexe. Celui d’un système nerveux qui fait exactement son travail: protéger, anticiper, préparer. Avec un léger excès de zèle, parfois. Et ce qui se perçoit dans la pièce, à cet instant précis, ce n’est pas votre expertise. C’est cet état-là. Ce léger rétrécissement. Ce souffle devenu discret au mauvais moment.


Ce que peu de femmes savent; et que personne ne leur a jamais appris, c’est que cet état ne se contrôle pas. Il s’organise. En amont. Pas en cherchant à être calme. Mais en apprenant au corps à s’ancrer.

LE GESTE

La prochaine fois que vous vous trouvez devant cette porte; au sens propre ou figuré, faites une seule chose. Imaginez que vous êtes coiffée d’un chignon qui est doucement tiré vers de haut et légèrement vers l’arrière. Pas de tension. Pas d’effort. Juste cette direction.

Votre nuque s’allonge, votre menton s’incline, à peine. Remarquez ce qui se passe. Votre inspiration arrive. Tout seule. Pas parce que vous l’avez provoquée mais parce que le corps vient de trouver son axe. Votre inspiration se déclenche naturellement, sans que vous ayez eu à y penser. Ce n’est pas une technique. C’est une logique physiologique. Dès lors, vous franchissez ce seuil depuis un endroit différent.

LA QUESTION

Et si ce que vous appelez le trac n’était pas un signal d’alerte mais une invitation du corps à s’organiser autrement ?

Pour un mouvement vivant,
Céline 

La Lettre

Une fois par mois, pour celles qui souhaitent retrouver un rapport plus incarné à elles-mêmes.

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